La France d’en bas. La France du bas. Le bas peuple. Le pas peuple. Cette chose qui ne marche plus. Cette bête qui rampe. Cette saloperie qui pue, qui traîne dans sa merde et ne sait même pas en sortir. D’ailleurs, nous n’en voulons pas, n’est-ce pas ? Qu’elle y reste, dans sa déjection. Elle ne vaut pas plus, de toutes manières. Vous l’entendez ? Moi non. Que je l’entende et je lui ferais fermer sa gueule aussi sec. Une main de plomb dans un gant de lave en fusion. J’écrase et je vous la fais écraser. Aux fourmis, le statut d’animal social. Aux Français, celui de bêtes désocialisées. Il faut voir uni ce groupe comme autant d’individus brisés. C’est tellement plus marrant de briser des miettes par milliers qu’une par une. De la poussière, je vais en faire. Ce peuple des bas-fonds tombera plus bas encore. L’univers est profond, pas vrai ? D’ailleurs, cet immense trou noir sans lumière dans l’univers, n’est-il pas plutôt cette France vidée, dévidée, sans aucune épaisseur, exsangue, sur laquelle nous prenons avec légèreté nos repas, sur laquelle nous chions lourdement ces repas qu’on ne leur permet pas ? J’ai l’impression drôle qu’autant que je puisse faire envers elle, autant seul le rien contestataire me revient en retour. Comment ? Ces gens souffrent ? Quelle est leur douleur ? Je ne suis pas médecin ! Un génocide croque-mort. Et j’ai bien l’impression que l’hécatombe commence, les amis. Soyons les dévoreurs des êtres, les destructeurs des chairs pour s’en repaître, pour charger de brillance notre graisse -on n’en a jamais assez, grands dieux !- et la remuer devant le monde. J’ai la queue frétillante, toujours prête à être sucée. Y’a-t-il quelque désespéré moribond prêt à avaler encore un peu pour que je puisse vider un peu mon excédent permanent de moi-même ? J’ai la haine en médaillon, sur un cœur qui bat au rythme de mon altruisme félon. Le peuple est souverain ? Je me plie donc devant les saigneurs de ces terres lointaines dont j’encense les grandeurs d’âme et les largeurs spatiales. Le peuple français est-il le roi ? Je suis, par nature, constitué comme tel, alors devrais-je me destituer moi-même pour n’y plus sembler ? Le règne est ma vitalité. Et sur un trône large comme la France, seule ma fesse droite y pose. Que l’autre fesse à sa droite puisse s’y asseoir en m’appuyant sur ce gribouillis abscons, euro torche-cul, qui, avec perfidie, rappelle aux Français qu’ils sont des cons, parce qu’ils ont cru qu’on ne les prenait pas comme tels, les cons, et peut-être alors, commencerais-je à me sentir à la hauteur qui doit être la mienne. Cette hauteur à laquelle même Dieu devra lever son menton nuageux pour espérer me voir. L’argent n’a de valeur que pour celui qui en possède trop pour pouvoir encore le compter. Autrement, il n’a que de l’utilité. Je préfère de loin, très loin, compter le pognon auquel je ne toucherai jamais que celui qui me sert à toucher de la bouffe. Voyez-les, ces petits comptables de l’entreprise en cessation d’activité. Voyez-les, ces devins-fabulateurs en plein délire tentant de rompre le futur et rendre les jours, les semaines et les mois plus courts pour pouvoir rompre plus souvent le pain et plus uniquement leur dos. Hilarant ! Que dis-je ? Désopilant ! Pillons-les toujours plus ! Allez ! Il faut se dérider. Il faut ne plus avoir honte. Il faut aimer l’argent. Je l’aime depuis toujours. Peut-être que même ces Français, franciscains sans dieu, l’aimeraient-ils aussi ? Si seulement ils avaient le temps de le garder en main avant que nous ne lui arrachons des deux. Mais sans argent, que font-ils ? Que sont-ils ? Que peuvent-ils dire ? Une absence de mots pour pouvoir dire leur malheur. Une abondance de maux pour pouvoir connaître le bonheur. Je parle à leur place. Je parle à ma place. Je parle pour nous, les amis. Pas pour le France. Pas pour les Français. Eux n’ont qu’à se taire pour moi et faire pour nous. Soyons les maîtres nouveaux, les seigneurs de serfs écervelés que nous décérébrerons plus encore par le biais de cette télévision manipulatrice, cette télévision qui explique sans dire et dit sans expliquer, qui rassure à mon égard et inquiète à celui de qui que ce soit d’autre, qui malaxe les esprits pour mieux les trancher en morceaux. Et tous ces papiers avec lesquels je me torche et que je leur expédie dans leur boîte à lettres gerbant la pub à longueur d’année. Les voilà à me lécher les doigts pour grailler avec avidité le peu de gras que je veux bien leur laisser. Que ces idiots de Français qui savent lire s’y collent et y collent. Il n’y a rien à y lire, rien à y entendre. Juste à croire. Ils m’ont fait comprendre qu’ils m’adoraient, fut un temps très lointain. D’ici peu, ils m’adoreront jusqu’à la haine la plus blanche.
juin 13, 2008
2 commentaires »
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C’est bien écrit et ça sonne très juste quand on imagine la gueule du nabot tout en lisant. Ca fait plaisir de lire des textes comme ça.
Commentaire par sakana ôji — juin 17, 2008 @ 12:12
Ca fait plaisir de lire le premier commentaire sur ce blog fantomatique
Heureux que ce texte te plaise. Je l’avais écrit fin d’année dernière… Prophétie
Commentaire par dareka — juin 17, 2008 @ 5:34